Alanis Morissette : Jagged Little Pill (1995)
Le disque qui a dit ce qu'on n'était pas censé dire.
En 1995, une femme de vingt et un ans a ouvert la bouche, et tout le monde a reconnu quelque chose qu’il n’avait jamais entendu nommer.
Jagged Little Pill n’est pas un album de rupture sentimentale. C’est un album de colère lucide, celle qui sait exactement ce qu’elle dit et pourquoi. Alanis Morissette arrive à un moment où le rock alternatif est massivement masculin, où la rage au féminin est soit folklorisée, soit édulcorée.
Elle ne choisit ni l’une ni l’autre. Sa voix vrille, se brise, monte sans prévenir, pas pour montrer, pour transmettre. Glen Ballard produit avec une économie tranchante : guitares rugueuses, arrangements qui ne cherchent pas à embellir. Le disque sonne vrai parce qu’il refuse d’arrondir les angles.
Quinze millions d’exemplaires en un an. Pas parce que c’était accrocheur.
Parce que les gens reconnaissaient enfin leur propre voix dans quelqu’un d’autre.
Ce disque n’a pas conquis le monde, il lui a rendu la parole.

