Sortie en 1990, The River passe d’abord pour une curiosité : un Malien qui sonne comme John Lee Hooker. Trois minutes d’écoute inversent la question. Gamme pentatonique, boucle hypnotique, plainte tenue sur un seul accord : tout cela coulait déjà sur les rives du Niger.
Le blues rentre chez lui.
Ali Farka Touré joue nu, poussiéreux. Sa guitare griffe, puis s’apaise. Sa voix irradie sans jamais forcer. Autour, un njarka qui vrille, des violons irlandais, un saxophone qui glisse comme une pirogue. Enregistré à Paris et à Londres, le disque sent pourtant le limon.
Pour des millions d’oreilles occidentales, ce fut la première fois qu’un disque africain sonnait comme un retour à la maison.
Le Mississippi charrie ce que le Niger a laissé couler.

