Archie Shepp : Four for Trane (1964)
En 1964, un jeune saxophoniste reprend Coltrane et le fracture de l'intérieur.
Archie Shepp n'enregistre pas un hommage sage. Il embarque un octet et pulvérise le répertoire du maître à coups de dissonances brutes, de cuivres qui hurlent plus qu'ils ne chantent. Four for Trane sort l'année même où le free jazz cherche encore sa grammaire, et Shepp l'écrit à l'arraché, sans révérence excessive.
Le son est rugueux, presque sale par endroits, des saxophones qui se croisent, se cognent, refusent l’harmonie facile. On sent la tension d’une génération qui refuse d’hériter poliment. Pour beaucoup de musiciens noirs de l’époque, ce disque n’est pas qu’un disque : c’est une déclaration, une manière de dire que le jazz appartient encore à la rue, à la colère, à l’urgence. Coltrane lui-même a béni le projet avant même de l’entendre en entier.
Un hommage qui mord la main qui l’a nourri.

