Pour la première fois, le jazz franchit les portes du temple du classique. Ce soir-là, un clarinettiste de Chicago invite sur scène des musiciens d’Ellington et de Basie. Devant lui, un public en smoking ne sait pas s’il doit applaudir ou rester droit.
Les cuivres cinglent. La batterie de Gene Krupa martèle “Don’t Be That Way” comme un moteur emballé.
Le vibraphone de Lionel Hampton scintille, la clarinette de Goodman glisse, nette, tranchante. Puis Basie, Lester Young et Johnny Hodges s’emparent de “Honeysuckle Rose”. Le parquet vibre.
Les bandes dormiront douze ans dans un placard. Elles sortent en 1950 et deviennent l’un des disques de jazz les plus vendus de l’histoire. On y entend encore la salle retenir son souffle, puis exploser.
Une salle en habit du soir, et le swing qui lui arrache sa cravate.

