Memphis, 1974. Big Star n’existe plus qu’à moitié. Alex Chilton, l’ancien prodige des Box Tops, enregistre Third dans une fin de partie, le groupe en miettes, la bouteille toujours ouverte. Le producteur Jim Dickinson laisse tourner les bandes. Les cordes fendent la pop. Les guitares claquent comme des vitres. Le piano boite. Les morceaux se dérobent au moment où l’on croit les tenir.
Le disque dort quatre ans dans un tiroir, puis sort sans bruit. Il ne vend rien.
Et pourtant tout le rock indépendant en descend : R.E.M., The Replacements, la pop américaine des caves. Chaque désastre trouve son oreille, un soir, seule. Third accompagne ceux qui ont déjà perdu. Il ne les console pas. Il reste assis à côté d’eux, dans le noir.
Un chef-d’œuvre né du naufrage, qui continue d’éclairer la nuit.

