Black Sabbath : Paranoid (1970)
Le disque qui a inventé la peur en musique.
Avant Paranoid, le rock pouvait être violent, cru, halluciné. Mais il ne pesait pas comme ça. Black Sabbath sort ce deuxième album en septembre 1970 et fracture quelque chose d'irréparable : ils ralentissent, ils alourdissent, ils descendent. Là où leurs contemporains cherchent la lumière psychédélique ou la vitesse du blues électrique, quatre gamins de Birmingham creusent vers le bas.
Le son de Tony Iommi, cordes accordées plus bas, doigtés tordus par un accident industriel, génère une matière que personne n’avait encore touchée. Quelque chose de plombé, de menaçant, d’inexorable. Geezer Butler écrit des textes sur la guerre, la dépression, l’aliénation.
Ozzy Osbourne ne chante pas ces mots, il les subit, voix blanche posée sur un mur de fonte. Le résultat n’est pas du heavy metal : c’est sa naissance.
Tout ce qui gronde aujourd’hui leur doit quelque chose.

