Six mois plus tôt, il était encore le troubadour engagé, guitare sèche et harmonica, porte-voix d'une génération protestataire. Sur la face une de cet album, un groupe électrique surgit derrière sa voix nasillarde et fait exploser cette image en direct. La face deux reste acoustique, mais l'écriture a déjà rompu avec la ballade militante : images cinglantes, non-sens revendiqué, poésie beat injectée dans la chanson américaine.
“Gates of Eden” creuse un vertige mystique. “It’s Alright, Ma (I’m Only Bleeding)” lacère la complaisance en rafales de vers. Le son est sec, nerveux, capté vite, presque à vif, l’urgence s’entend dans chaque prise. Les puristes crient à l’hérésie devant ces guitares branchées. Mais dans les chambres d’étudiants, le disque tourne en boucle : quelque chose vient de changer dans la façon dont une chanson peut penser.
Dylan n’a pas rangé sa guitare acoustique, il l’a rendue dangereuse.

