Bon Iver : 22, A Million (2016)
On lui demandait un autre "For Emma". Il a répondu par une explosion.
Justin Vernon est devenu une icône folk malgré lui, celui de la cabane, du falsetto fragile, du chagrin acoustique. 22, A Million arrive et pulvérise cette image en moins de deux minutes. Dès "22 (OVER S∞∞N)", la voix de Vernon est fracturée, traitée, recomposée par un instrument appelé Messina, construit sur mesure pour ce disque
Ce que ce disque fait, personne ne l’avait fait avec cette intention : fusionner le folk le plus intime avec l’électronique la plus expérimentale, sans que l’un mange l’autre. Les samples vocaux saturent, bégaient, se déchirent. Les cuivres traversent le mix comme des fantômes. Les structures se brisent en plein vol, redémarrent ailleurs.
Et pourtant, sous cette texture numérique et abrasive, il y a la même douleur nue qu’avant, juste habillée différemment. Vernon ne fuit pas l’émotion. Il la crypte, la fragmente, pour mieux la faire ressentir.
Ce disque a ouvert une porte que la pop indé entière a traversée après lui.
La fragilité peut aussi être électrique.

