Eno et Byrne coupent des prédicateurs, des exorcistes, des chanteurs libanais et algériens à la radio, puis les clouent sur des rythmes africains et funk. Personne ne parle de sampling. Ils posent sur bande des voix arrachées à leur contexte, et elles se mettent à chanter autre chose.
Le son est poisseux, tendu, nocturne. Les basses claquent. Une voix de pasteur hurle sur un groove qui ne lui a jamais appartenu. Une plainte arabe flotte sur des percussions qui la dévorent.
Le disque ne ressemble à rien. Il a ouvert la porte au hip-hop, à l’électro, à tout ce qui découpe et recolle.
Les auditeurs de l’époque ne savaient pas où le ranger. Ils le passaient en boucle, quand même.
Chaque voix est un fantôme, et le fantôme danse.

