En 1995, Buju Banton règne sur le slackness, roi incontesté du dancehall le plus cru. Puis il rase sa tête, embrasse le Rastafari, et livre “Til Shiloh”, un disque qui tranche net avec tout ce qui l'a précédé. Les basses restent lourdes, poisseuses, mais la voix se creuse, se fissure, cherche quelque chose de plus grand qu'elle.
Sly & Robbie posent des rythmiques massives, presque religieuses, où le roots croise le dancehall sans jamais s’excuser. Chaque morceau semble arraché à une nuit d’insomnie jamaïcaine, entre ghetto et prophétie. L’album rouvre une porte que la Jamaïque croyait fermée : celle où la conscience politique redevient dansante, où la spiritualité s’écoute au son du riddim. Trente ans après, aucun disque n’a mieux capturé ce basculement d’un homme, et d’un genre entier.
Buju traverse sa rédemption torse nu, devant nous, sans un mot d’excuse.

