En 2006, Chan Marshall descend à Memphis. Elle quitte l’écorchure nerveuse de ses débuts pour s’entourer des Hodges, les musiciens qui ont fait battre le cœur d’Al Green.
Cuivres feutrés. Orgue qui respire. Basse au pas lent. Tout se desserre, tout se réchauffe.
Sa voix n’a plus rien à prouver. Elle traîne, rauque, enfumée, et chaque fêlure devient une note. “Lived in Bars” sent le comptoir collant et la sueur froide. “Living Proof” laisse un silence durer plus longtemps qu’une phrase.
Ici, l’abandon est une force.
C’est un disque de trois heures du matin. Celui qu’on lance après le départ de quelqu’un, quand l’appartement résonne trop. Il tient la main sans rien dire.
Elle chante comme on referme une porte sans la claquer.

