Cate Le Bon : Reward (2019)
Une femme quitte tout, apprend à sculpter le bois, et en ressort un disque qui ne ressemble à rien d'autre.
Cate Le Bon a quitté Los Angeles, loué une cabane dans le Lake District anglais, et pendant un an, entre deux cours de menuiserie, a composé au piano, un instrument qu'elle ne maîtrisait pas encore. Reward naît de cet isolement volontaire, en 2019, loin du bruit du monde. Le résultat déroute d'abord : saxophones qui errent, mélodies qui se dérobent, une voix qui traverse plutôt qu'elle ne chante. Rien ne se résout comme prévu. Les chansons avancent en biais, cassées, puis se referment sur une beauté presque accidentelle.
C'est un disque qui refuse la facilité et qui, justement, s'impose par cette résistance, art-pop décousue, habitée, écrite pour soi avant d'être écrite pour qui que ce soit. On l'écoute et on comprend que la solitude, bien travaillée, peut devenir un langage entier.
Un disque construit comme une chaise, solide, imparfaite, faite à la main.

