Charles Mingus : Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus (1964)
Le jazz n'est pas mort en 1959. Mingus l'a prouvé en 1963.
Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus arrive comme un poing dans une conversation polie.
Six fois son nom sur la pochette, ce n’est pas de la vanité, c’est une déclaration d’existence. En 1963, le jazz se cherche entre le cool qui s’assagit et le free qui s’emballe. Mingus, lui, refuse les deux camps. Il prend la contrebasse comme d’autres prennent la parole, pour occuper tout l’espace, sans demander permission.
Le disque sonne lourd et vivant à la fois. Les cuivres vrillent, s’entrechoquent, puis se posent avec une précision chirurgicale. “II B.S.” lacère l’air. “Mood Indigo” plie Ellington sans le briser, hommage et appropriation dans le même souffle. L’orchestre respire comme un seul corps en colère.
Ce qui frappe, ce n’est pas la virtuosité. C’est l’urgence. Chaque mesure semble dire : "je refuse qu’on m’oublie.
Mingus ne jouait pas de jazz. Il jouait sa survie.

