De La Soul : De La Soul Is Dead (1991)
Ils ont tué leur propre légende pour ne pas y rester enfermés.
En 1989, “3 Feet High and Rising” les avait couronnés prophètes d'une utopie fleurie. Le public réclamait la suite du même conte. De La Soul a répondu par un enterrement. Sur la pochette, un pot de fleurs brisé remplace le jardin psychédélique. Le son se resserre, se salit. Prince Paul empile les samples comme des couches de terre, les skits virent au sketch macabre, l'humour se fait grinçant, presque cruel.
Trugoy et Posdnuos ne rappent plus pour séduire, ils rappent pour se défaire d’un costume qu’on leur a cousu de force. Le disque irrite ceux qui voulaient des marguerites. Il fracture le hip-hop dit conscient, ouvre une ironie noire que personne n’attendait de ce trio. Sous la boue sonore, une vérité nue : grandir, c’est parfois piétiner ce qu’on a aimé de soi.
La fleur est morte. Ce qui pousse dessous est bien plus intéressant.

