Duke Ellington : ...And His Mother Called Him Bill (1968)
Le jazz n'a jamais pleuré aussi proprement.
Novembre 1967. Billy Strayhorn, co-architecte silencieux de l'orchestre Ellington depuis trente ans, vient de mourir d'un cancer. Ellington entre en studio avec son big band et enregistre cet album en hommage, non pas en quelques semaines de recueillement, mais en quelques jours d'urgence brute. Ce n'est pas un tombeau. C'est une conversation interrompue.
L’orchestre joue les compositions de Strayhorn. Ellington dirige, joue peu, et laisse la musique de l’autre parler à sa place. Le son est ample, chaud, parfois cuivré jusqu’à l’écrasement, parfois réduit à presque rien. “Blood Count”, écrit par Strayhorn depuis son lit d’hôpital, traverse l’enregistrement comme une fièvre qu’on ne guérit pas. On entend Johnny Hodges souffler dans l’anche avec une lenteur qui ressemble au deuil réel.
À la fin de la dernière séance, Ellington s’est assis seul au piano et a joué “Lotus Blossom”, non prévu, non annoncé. On a laissé tourner les bandes.
Ce moment non répété est resté sur le disque.

