New York, 1962. Duke Ellington a soixante-trois ans, une légende déjà scellée, un piano qui a traversé le swing, l'âge d'or des big bands, l'establishment du jazz américain. En face, deux hommes de la génération suivante : Charles Mingus, contrebasse habitée par la colère et la ferveur, Max Roach, batterie du bebop et du free naissant.
Rien ne les prédestine à s'entendre, et c'est exactement pour ça que le disque existe. Le piano d'Ellington reste élégant, mais quelque chose se fracture sous la surface : Mingus pousse, tire, dérape volontairement, cherche la friction plutôt que l'accompagnement sage. Roach cisèle des rythmes qui grincent, refusent la carrure attendue. Ellington absorbe tout, le digère, ne cède rien. Le morceau-titre vrille, "Fleurette Africaine" respire la tension contenue d'une pièce où trois egos négocient en direct.
Trois générations du jazz se toisent, et personne ne recule.

