Earl Sweatshirt revient en 2013 après un exil de dix-huit mois, expédié par sa mère dans un internat à Samoa. Odd Future a poursuivi sans lui, le monde l'a attendu. Il rentre avec un disque qui refuse la démonstration. Le hip-hop vit alors de gonflement et de refrains pour stades. Lui rampe. Il rappe bas, étouffé, la voix collée au micro comme à un mur. Les rimes s'empilent, s'enchevêtrent, se replient sur elles-mêmes, la ligne s'effondre avant la fin du vers.
Les boucles sont poussiéreuses, désaccordées, presque cassées. Les basses suintent. Rien ne cherche à plaire. Ce flou est le propos : la douleur d’un absent, le deuil d’un père sud-africain parti trop tôt, la fatigue d’un surdoué sommé de rester le prodige du scandale.
Des centaines de rappeurs sont passés par là depuis. Peu ont osé la même nudité.
Il n’y a rien à crier ici. Il faut se pencher.
Le silence d’un garçon qui s’est enfin entendu penser.

