Sorti tout juste après son départ de Roxy Music, Here Come the Warm Jets n'est pas un disque de guitariste ni de chanteur : c'est l'œuvre d'un manipulateur de bandes qui traite chaque son comme une matière à tordre. Eno recrute Fripp, Manzanera, Chris Spedding, Andy Mackay, mais les passe tous au filtre de sa logique de studio, mélodies pop presque enfantines, aussitôt fracturées sous des couches de bruit électronique et de guitares saturées jusqu'à la déchirure.
Rien, en 1974, ne ressemble à ça : ni le glam, ni le prog, ni le pub-rock ambiant. Chaque morceau irradie une joie mécanique, poisseuse, à la limite de l’inquiétant. Ce disque invente un vocabulaire entier, punk, new wave, ambient, que d’autres n’exploiteront que des années plus tard. On y entend un homme jouer avec les circuits comme on joue d’un instrument à cordes.
Le rock n’a jamais retrouvé son innocence.

