Fairport Convention : Unhalfbricking (1969)
Un genre entier sort de terre sur cet album, et personne n'avait rien vu venir.
En 1969, personne ne mélange une guitare électrique avec un siècle de ballades anglaises. Fairport Convention le fait sur Unhalfbricking, et casse quelque chose d'irréversible. Sandy Denny chante comme si chaque mot venait d'un autre temps, la voix nue, presque suspendue, posée sur des riffs qui mordent.
“A Sailor’s Life” s’étire sur onze minutes : une mélodie traditionnelle qui se fracture, se dilate, vrille en improvisation collective, le folk anglais quitte le feu de bois pour le club électrique. Le groupe enregistre sous le choc, marqué par un deuil qui plane sur chaque prise, et cette gravité traverse les chansons, les rend plus lourdes, plus vraies.
Rien ici ne sonne comme une reprise polie : tout est tendu, habité, fragile. Sans cet album, pas de folk-rock britannique tel qu’on le connaît, pas de Steeleye Span, pas de Pentangle aussi affûtés.
Onze minutes suffisent à réécrire les règles d’un genre entier.

