En 1968, Londres s’enivre de fleurs et de distorsion. Family choisit de regarder ailleurs, vers les chambres closes et les jouets qui vieillissent mal. Music in a Doll’s House arrive comme un cabinet de curiosités : produit par Dave Mason, il fait cohabiter ballade pastorale, blues vrillé et fanfare cabossée. Rien ne se ressemble, tout s’accroche.
Au centre, la voix de Roger Chapman. Un vibrato rauque, presque brisé, qui tremble comme une lame de scie qu’on plie. Il ne chante pas, il lacère puis il caresse.
Autour de lui, violons, violoncelle et mellotron cisèlent un velours poussiéreux, et la basse de Ric Grech sculpte des galeries sous le sol.
Ce disque faisait quelque chose d’étrange aux gens : il les mettait mal à l’aise et les retenait quand même. Les foules du Summer of Love voulaient planer. Family leur tendait un miroir ébréché.
Une rareté qui n’a jamais cherché la gloire, et que le temps n’a pas rouillée.
Boîte à musique fêlée, toujours remontée.

