Fennesz : Endless Summer (2001)
En 2001, un ordinateur a appris à pleurer.
Christian Fennesz s'empare d'une guitare et d'un ordinateur portable, et fracture la frontière entre les deux. Endless Summer paraît en pleine fièvre glitch, bruits hachés, données corrompues, froideur clinique érigée en dogme. Lui prend le chemin inverse : il sature ses field recordings de pop enfouie, drape le numérique de nostalgie. Les guitares fondent sous des couches de granulation, deviennent vapeur, lumière diffractée sur l'eau.
On croit entendre les harmonies vocales d’un été californien traverser une tempête de sable numérique. Rien n’est net. Tout vibre, tremble, irradie d’une chaleur presque organique, comme si le code avait gardé une mémoire d’enfance.
À sa sortie, l’album déroute les puristes du bruit, séduit les amoureux du shoegaze, et finit par devenir la pierre angulaire d’un genre qui n’existait pas encore. Beaucoup l’ont découvert seuls, casque vissé, et n’ont plus jamais entendu le silence de la même façon.
Depuis, le bruit numérique a une texture : celle du sable mouillé sous l’eau.

