En 2006, un ingénieur biomédical de Pittsburgh enferme dans son ordinateur portable des centaines de morceaux qui n’ont rien à faire ensemble, puis les force à cohabiter. Greg Gillis, alias Girl Talk, ne fait pas du collage : il fait de la collision. Une voix de rap sudiste s’écrase sur un riff de rock classique, un refrain de variété glisse sous un couplet crade, et rien ne tient en place plus de quelques secondes. Le procédé a un nom, le mashup. Ici, il devient un art de la saturation.
L’album tombe quand le téléchargement a déjà rebattu les cartes. Il en tire une conséquence logique : si toute la musique circule, autant la mélanger. Les critiques parlent d’un manifeste, la loi hésite sur la qualification, et le disque, distribué en pay-what-you-want, circule partout.
Ce qui frappe, c’est le réflexe. Vous reconnaissez un fragment, puis un autre, puis vous perdez le fil, et votre corps continue sans vous. C’est une soirée où chaque invité arrive en même temps, et personne ne veut partir.
Une bibliothèque entière qui hurle dans un seul haut-parleur.

