En 2000, la pop anglaise cherche encore ses repères après le trip-hop de Bristol. Alison Goldfrapp et Will Gregory débarquent avec un objet hybride, tourné vers l'ailleurs : yodels alpins, cordes façon western spaghetti, nappes analogiques posées comme du brouillard sur des cimes imaginaires. La voix de Goldfrapp plane, feutrée, presque immatérielle, puis se love soudain dans un growl grave qui renverse tout.
Le studio devient un chalet suisse hanté par Ennio Morricone et David Lynch. Rien ne pousse ici, tout infuse : chaque texture semble tissée à la main, cousue plutôt qu’enregistrée. À sa sortie, le disque déroute une critique incapable de le ranger, ni electronica, ni chanson, ni bande-son de cinéma fantôme. Il devient culte précisément pour ça : une géographie sonore que personne d’autre n’a cartographiée depuis.
Un disque qui ne ressemble à rien, sinon à la neige qui tombe sur un incendie.

