Grace Jones : Nightclubbing (1981)
Ce disque ne s'écoute pas. Il se subit, et on en redemande.
La musique pop cherche encore ses mains. Disco agonise, new wave balbutie, reggae cherche à s'exporter. Grace Jones, elle, n'attend personne. Avec Chris Blackwell et Sly Dunbar aux commandes, Nightclubbing invente quelque chose qui n'a pas encore de nom : un funk squelettique, une dub urbaine, un froid tropical. La batterie frappe comme une porte métallique. La basse rampe sous le sol.
Et par-dessus, cette voix, pas belle au sens convenu, taillée plutôt, androgyne et impassible, qui énonce plus qu’elle ne chante.
Ce que ce disque faisait aux gens : il les déstabilisait. Trop lent pour danser vraiment, trop physique pour rester assis. Il réinventait le rapport au corps dans la musique noire et électronique à la fois, dix ans avant que quiconque ne sache nommer ce croisement.
Nightclubbing n’est pas un album de son époque. C’est un album sans époque, ce qui est la définition exacte d’un classique.

