Chicago, 1971. Le blues électrique a déjà ses cathédrales, ses costumes, ses studios propres. Hound Dog Taylor, lui, joue dans des bars où la bière colle aux semelles. Il a six doigts à chaque main et une guitare japonaise à quelques dizaines de dollars, qu’il fait hurler à coups de bottleneck. Le jeune Bruce Iglauer, qui n’a pas réussi à convaincre son patron de le signer, fonde son propre label pour lui. Le disque est capté en deux nuits, quasi en direct, sans filet.
Cela s’entend. Les slides lacèrent, grésillent, dérapent. Brewer Phillips martèle des lignes de basse sur les cordes graves, Ted Harvey cogne le shuffle comme on enfonce un clou. Ça sent le néon, la sueur et la poussière de plancher. Rien n’est poli, rien n’est corrigé.
C’est la naissance d’Alligator Records, et la preuve qu’un blues sale peut tenir tête à tous les autres.
Ce disque ne demande pas d’être respecté. Il demande de monter le volume.

