Voilà un disque qui ne ressemble à rien de ce que le punk anglais produit cette année-là, ni les Pistols, ni les Clash. Dury a trente-cinq ans, une claudication laissée par la polio, et un sens de l'observation qui vient du music-hall, pas du CBGB. New Boots and Panties!! impose une langue nouvelle : cockney rimé, argot de pub, obscénités élégantes posées sur des rythmiques funk que les Blockheads sculptent avec une précision chirurgicale.
C’est sale et c’est savant à la fois, Chaz Jankel tisse des lignes de basse qui respirent le disco de Lewisham, pendant que Dury raconte Essex comme personne avant lui : les beaux-pères veules, les dragueurs de foire, la classe ouvrière vue de l’intérieur, sans misérabilisme ni folklore. L’Angleterre s’y reconnaît immédiatement, viscéralement. Ce disque n’appartient à aucune scène, il en invente une.
Après lui, personne n’a plus eu peur de rimer “spanner” avec “grammar”.

