Interpol : Turn On the Bright Lights (2002)
New York, 2002, il fait nuit noire même en plein jour.
Turn On the Bright Lights sort dans l'ombre du 11-Septembre, et ça s'entend dans chaque note. Interpol prend le post-punk anglais, Joy Division en tête, et le retourne vers l'asphalte mouillé de Manhattan. Basses profondes, guitares qui griffent plus qu'elles ne jouent, batterie sèche et martiale : un son taillé au rasoir, jamais complaisant.
Paul Banks chante comme on murmure une confidence qu'on regrette déjà, voix grave et distante, presque désincarnée.
L’album ne cherche pas à plaire, il installe une tension qui ne retombe jamais, cette élégance froide costume noir et cravate qui deviendra la signature du groupe. Il capte quelque chose de précis : une génération élevée dans l’urgence, qui danse quand même au milieu des ruines. Ce disque n’a pas créé un genre, il a réactivé une urgence qu’on croyait enterrée.
New York n’a jamais autant ressemblé à un film qu’on regarde seul, la nuit, sans le son.

