Jackson Browne : The Pretender (1976)
Il y a des disques qui pleurent en silence.
Los Angeles, 1976. Jackson Browne enterre sa femme et écrit l'album le plus lucide de la scène californienne. The Pretender n'est pas un disque de deuil, c'est pire. C'est un disque de compromis, celui qu'on signe avec la vie quand elle a gagné. Le titre dit tout : ce type qui "achète l'illusion du bonheur", costume-cravate, hypothèque, désillusion tranquille. Jon Landau à la production sculpte un son ample, orchestral, presque solennel, cordes qui montent, piano qui pèse, une chaleur de studio qui contraste avec la froideur du propos.
Browne chante comme on parle bas dans une pièce vide, sans effet, sans esbroufe. Chaque morceau avance avec cette gravité feutrée du songwriter qui a arrêté de croire aux promesses et continue quand même. L’Amérique post-Watergate, post-utopie hippie, se reconnaît là-dedans tout entière, fatiguée, adulte, résignée mais debout.
Certains disques consolent. Celui-là comprend.

