Jesse Winchester : Jesse Winchester (1970)
Un homme enregistre son premier album au Canada parce que rentrer aux États-Unis lui vaudrait la prison.
Jesse Winchester a fui le Vietnam en 1967. Trois ans plus tard, il entre en studio à Montréal avec Robbie Robertson à la production, oui, celui de The Band, et enregistre l'un des disques les plus intimes jamais capturés sur bande. Ce n'est pas un album de protest song. C'est pire : c'est un album de nostalgie pour un pays qui vous a banni.
Les chansons sont cousues de Sud profond, de porches en bois, de lumière d’été, tout ce qu’il ne peut plus toucher. La guitare est sèche, la voix légèrement voilée, le son dépouillé jusqu’à l’os. Robertson ne produit pas, il préserve. Chaque arrangement respire juste assez pour ne pas couvrir la blessure. Aux États-Unis, l’album sort mais Winchester ne peut pas le défendre en tournée, ne peut pas exister sur scène dans son propre pays.
L’exil n’est pas un thème. C’est la matière même du disque.

