Mai 1961. Coltrane quitte Atlantic pour Impulse! et refuse le confort. Il convoque cors, euphoniums et tubas, confie les arrangements à Eric Dolphy, puis plante un bourdon sous l’ensemble. Le jazz lâche la grille d’accords pour la transe. Voilà pourquoi Africa/Brass est essentiel : il ouvre la porte du spirituel, celle qui mène à “A Love Supreme” et au free jazz.
Au fond, deux contrebasses grondent comme un sol qui respire. Elvin Jones fait rouler le tonnerre. Les cuivres s’empilent, lourds, poussiéreux, denses comme une terre rouge. Le ténor grimpe, vrille, s’arrache à la gravité.
À la sortie, on n’écoutait pas ce disque. On s’y tenait debout, comme devant un feu.
Un continent entier tient dans un souffle de ténor.

