1987. Les synthétiseurs saturent les radios, le rock de stade lisse tout. John Mellencamp installe un violon, un accordéon et un dulcimer devant la batterie de Kenny Aronoff. The Lonesome Jubilee sonne comme une grange dont on aurait arraché les portes : le bois craque, le vent traverse.
Ce disque est essentiel parce qu’il réconcilie le rock et le folk sans brandir de drapeau. Il range l’idole des arènes au vestiaire.
À sa place, un chroniqueur de l’Indiana, ses fermiers acculés par les banques, ses ouvriers, ses amours fatiguées.
Le violon de Lisa Germano lacère. L’accordéon respire entre deux coups de caisse claire. Mellencamp chante la gorge râpée, sans gras.
Dans les cuisines du Midwest, quelqu’un nommait enfin ceux qu’on n’entendait plus.
Un tracteur à l’arrêt, un transistor allumé, et plus personne n’est seul.

