En 2019, l'Amérique se croit éternelle. Lana Del Rey lui tend un miroir fêlé. Norman Fucking Rockwell! arrive comme un procès amoureux : elle aime ce pays assez pour le disséquer, phrase par phrase, piano par piano. Jack Antonoff dépouille sa voix de tout artifice, laisse traîner les nappes de synthé comme une fumée de cigarette dans une chambre vide.
Les mélodies s’étirent, refusent le refrain facile, préfèrent la dérive, un murmure ici, neuf minutes là, comme si le temps hésitait à continuer. Elle chante les hommes fragiles, les rêves cassés, une Californie qui brûle en silence, et chaque syllabe semble usée par des années de désillusion tranquille. Ce disque vise la vérité plus que la séduction, avec l’élégance triste des choses qui savent qu’elles finiront mal.
Norman Rockwell peignait l’Amérique idéale. Lana Del Rey en peint les ruines, et c’est plus vrai.

