Lee Konitz appartenait au cool jazz depuis quinze ans, cette école qui préférait l'ombre à la chaleur. Puis il enregistre Motion en trio, sans piano, avec Elvin Jones à la batterie, et tout bascule. Jones ne l'accompagne pas, il le pousse, il le bouscule, il fracture le tempo sous ses pieds. Konitz, habitué à planer, doit soudain courir, dévier, répondre.
Le son est nu : trois voix, aucun tapis harmonique pour se rattraper. Chaque phrase de saxophone semble tenir en équilibre sur une poutre qui vibre. À l’écoute, on sent la tension physique de deux logiques rythmiques qui se cherchent sans jamais se soumettre l’une à l’autre. Cet album a montré qu’on pouvait rester lyrique sans rester tranquille; que le cool pouvait transpirer.
Motion ne se joue pas, il se retient de tomber.

