Lloyd Cole and The Commotions : Rattlesnakes (1984)
Un disque de vingt-trois ans qui écrit comme s'il en avait quarante.
En 1984, Lloyd Cole a vingt-trois ans et déjà l'assurance d'un romancier fatigué. Rattlesnakes naît à Glasgow, loin des podiums de la new wave, et impose une pop lettrée, tissée de guitares claires et de cordes discrètes. Chaque chanson cite un auteur, une actrice, un fragment de littérature américaine, jamais pour épater, toujours pour cerner un sentiment trop grand pour les mots ordinaires. La voix de Cole, posée, presque désabusée, traverse des mélodies limpides sans jamais les alourdir.
C’est une pop qui pense avant de séduire, et qui séduit justement parce qu’elle pense. Les Commotions jouent serré, économe, chaque note à sa place, rien en trop. À sa sortie, l’album désoriente autant qu’il fascine : trop intelligent pour les radios, trop mélodique pour les intellectuels. Il a fini par définir un genre entier, la pop de chambre, cérébrale et tendre à la fois.
Rattlesnakes ne mord pas. Il s’infiltre, et reste.

