Miles enregistre cette musique en 1970, pour un documentaire sur le premier champion noir des poids lourds. Il ne cherche pas l'hommage. Il cherche la bagarre. Le jazz perd alors son public face au rock, et Miles décide de l'affronter sur son terrain, avec le volume et la sueur. Il fait entrer dans le studio un guitariste anglais fraîchement débarqué, John McLaughlin, qui vrille les cordes comme une lame de rasoir.
Sur la première face, la basse de Michael Henderson martèle un riff sec, nu, presque brut. Le groove avance sans jamais s’excuser. La trompette lacère l’air, étire une note jusqu’à la fracture, puis s’écrase contre le mur du son.
Teo Macero coupe, colle, monte les bandes. Le disque naît au montage autant qu’au jeu.
Personne n’avait entendu le jazz sonner aussi lourd, aussi sale, aussi vivant. Ceux qui l’ont posé sur la platine cette année-là racontent qu’ils ont reculé d’un pas.
Un coup de poing donné avec une trompette.

