Mink DeVille : Cabretta (1977)
Personne n'attendait Mink Deville. Personne ne l'a vu venir. Personne ne l'a oublié.
New York, 1977. Le CBGB bouillonne de groupes qui veulent tuer le rock. Mink DeVille arrive dans ce même club et fait exactement l'inverse : il le ressuscite depuis ses racines les plus profondes.
Willy DeVille est un anachronisme vivant. Sa voix porte la suie des doo-wop des années cinquante, la graisse des girl groups, le cuir du rhythm and blues de rue. Cabretta ne sonne pas punk, il sonne vrai, ce qui en 1977 est peut-être plus radical encore. Pendant que tout le monde accélère et déconstruit, DeVille ralentit et sculpte.
Les arrangements cisèlent chaque morceau comme une miniature, violons discrets, guitares grasses, percussions latines qui traînent. La production de Jack Nitzsche enveloppe tout ça dans une lumière orangée, nocturne, poisseuse. C’est de la musique de coin de rue, de néon mouillé, de chagrin bien habillé.
Il n’a pas changé la musique. Il a refusé qu’elle l’oublie.
Un disque de survie élégante dans un monde qui n’en demandait pas.

