En 1984, D. Boon, Mike Watt et George Hurley balancent depuis San Pedro un pavé anti-hardcore, contre-attaque frontale à "Zen Arcade" des Hüsker Dü sorti la même année. Le punk s'essouffle dans sa propre orthodoxie ; les Minutemen répondent par l'excès inverse, funk cassé, jazz de garage, spoken word, riffs qui tournent le dos à toute logique de refrain. La basse de Watt tricote, nerveuse, jamais soumise à la guitare.
Boon chante comme il parle, sec, sans emphase, habité par une conscience politique jamais pontifiante. Chaque morceau dure une minute, deux parfois, comme si la durée elle-même était suspecte. Ce disque ne cherche pas l’hymne : il cherche l’instant, brut, jeté, puis abandonné pour le suivant. Une discographie entière compressée en un seul geste, généreux et fauché à la fois.
Un album qui refuse de se répéter, même une seule fois.

