Morrissey chante avec une voix qui tremble avant même d'ouvrir la bouche, le vibrato porte le doute, la retenue britannique poussée jusqu'à la rupture. Quand les Smiths se séparent en 1987, on l'annonce fini, trop fragile pour survivre sans Johnny Marr. Il répond avec Viva Hate, un disque solitaire enregistré vite, sans filet, où chaque mélodie porte la marque d'un homme qui refuse la pitié qu'il réclame.
Sa voix cisèle l'ironie autant que la douleur : jamais un mot de trop, jamais un sanglot gratuit. Pendant quarante ans, il incarne une contradiction tenace, misanthrope adoré, provocateur fragile, dandy qui déteste qu'on le regarde tout en exigeant qu'on ne fasse que ça. Les adolescents mal dans leur peau des années quatre-vingt se reconnaissent dans cette voix qui dit l'inconfort sans jamais s'excuser. Aucun héritier ne lui ressemble vraiment.
Il n'a jamais cherché à guérir, il a fait de la blessure une signature.

