Neil Young & Crazy Horse : Rust Never Sleeps (1979)
En 1979, Neil Young enterre le rock, et le ressuscite dans la même chanson.
Cet album est essentiel parce qu'il fracture l'histoire en deux : avant lui, le rock se prenait pour éternel ; après lui, il sait qu'il peut se consumer. Sorti en pleine vague punk, alors que les vétérans des années soixante semblent fossilisés, Neil Young retourne l'arme contre lui-même. La première face, nue, acoustique, gratte comme un aveu murmuré au coin du feu.
La seconde, électrique avec Crazy Horse, lacère, sature, vrille, un mur de guitares poisseux, presque hostile, enregistré comme une crise plutôt qu’une chanson. “Powderfinger” raconte une mort en gros plan, sèche, sans pathos. “Sedan Delivery” cisèle le chaos. On y entend un homme refuser le confort de sa propre légende, choisir la rouille plutôt que le poli. Le public de l’époque ne sait pas s’il assiste à un suicide artistique ou à une renaissance. C’est les deux.
On n’arrête pas la rouille. On choisit comment elle nous prend.

