Pavement : Wowee Zowee (1995)
Pavement refuse le classicisme au moment même où on le leur offre.
En 1995, après "Crooked Rain, Crooked Rain" et son statut de disciple couronné du slacker rock, le groupe de Stockton avait toutes les cartes pour livrer l'album qui les couronnerait définitivement. Ils livrent l'inverse : dix-huit titres qui bifurquent, se contredisent, s'effondrent puis se relèvent en boitant. Cette absence de cohérence est le geste. Malkmus chante comme si la mélodie lui échappait volontairement, la voix traînant juste assez pour désamorcer toute grandiloquence.
Les guitares grincent, se désaccordent, retrouvent leur aplomb trois secondes plus tard, jamais de filet. C’est un disque qui refuse d’être aimé facilement, et c’est précisément ce refus qui a redéfini ce que pouvait être l’indie rock : pas une pose, une désorganisation assumée comme langage. Les puristes s’y sont cassé les dents à l’époque. Ils avaient tort.
Un disque qui préfère se perdre plutôt que se répéter.

