Madrid, 1984. La movida sature les ondes de synthés neufs et de refrains jetables. Radio Futura prend le contraire de front : un disque coupé en deux, conçu comme un voyage. Face désert, face mer. Santiago Auserón, la voix rauque, l’œil de philosophe, y plante un western mental où chaque morceau a sa propre météo.
Ce disque est essentiel parce qu’il prouve qu’un groupe de pop peut bâtir une architecture.
Trois ans de gestation, et ça s’entend : rien n’est posé au hasard. Les guitares sèches fissurent la terre. Les rythmes avancent à pas lourds, la poussière aux talons. Puis la seconde moitié bascule : les sons s’humidifient, les claviers coulent, la chaleur se dissout dans l’eau.
Ceux qui l’ont découvert à l’époque racontent la même chose : une impression d’entrer dans un film dont personne n’avait écrit le scénario. La musique espagnole venait d’apprendre qu’elle pouvait avoir un paysage intérieur.
On y entre sec. On en sort mouillé.

