En 1973, Roxy Music perd son alchimiste et gagne autre chose : une rigueur de smoking. Ce disque prouve qu'un groupe peut survivre à son inventeur en devenant plus dangereux. Il pose la matrice de toute l'élégance froide qui suivra, de Bowie période Berlin à Duran Duran, de Japan aux Pet Shop Boys. Il définit le glam adulte, celui qui a troqué les paillettes contre le cuir soigné.
Phil Manzanera y cisèle des guitares qui vrillent comme du verre chauffé. Eddie Jobson fait irradier un violon électrique, tendu, presque cruel. Le piano de Ferry sculpte l’ombre. Sur “Mother of Pearl”, le morceau se fracture en deux, comme une soirée qui bascule à trois heures du matin. Puis vient “Sunset”, nu, presque religieux.
On l’écoutait seul, tard, avec cette sensation d’entrer dans un salon où tout le monde se connaît sauf vous. Et l’on restait.
Le velours cachait la lame.

