Le disque sort en 1971, quand le folk britannique s’habille de velours. Roy Harper, lui, débarque nu. Quatre morceaux, dont trois qui dépassent les huit minutes, une guitare acoustique qui vrille comme une lame de rasoir, et la voix d’un homme qui refuse de baisser les yeux. Les accords s’ouvrent, se tordent, repartent ailleurs. Jimmy Page vient prêter sa six-cordes, sous pseudonyme, par respect plus que par calcul.
C’est essentiel parce que presque tout ce que le folk-rock a tenté ensuite de dire sur la solitude, la colère et le doute commence ici. Les guitaristes l’étudient, les songwriters le pillent en silence. Mais le disque, lui, ne cherche pas à plaire. Il oblige à rester. On l’écoute seul, tard, et quelque chose se desserre en soi.
Un vent froid. Une corde qui tient bon.

