Scott Walker sculpte ici l'un des objets les plus dérangeants jamais couchés sur bande. Sorti en 2006, après une décennie de silence, The Drift abandonne toute mélodie rassurante pour ériger un mur de dissonances, de cordes lacérées et de silences tendus comme des pièges. La voix, toujours ce baryton somptueux des années soixante, flotte désormais au-dessus d'un chaos organisé, percussions de viande frappée, cris étouffés, nappes glaciales qui vrillent l'oreille.
Rien n’apaise, rien ne rassure. Chaque titre creuse un peu plus l’angoisse, transforme l’inconfort en matière première. Écouter The Drift en entier relève de l’épreuve initiatique : on en ressort changé, ou on abandonne à mi-parcours. Aucun disque n’a jamais autant traité le silence comme une arme.
On n’écoute pas The Drift. On y survit.

