En 1992, pendant que Nirvana et Pearl Jam remplissent les stades, Screaming Trees enregistre dans l'ombre l'album que l'époque n'a jamais su récompenser à sa juste mesure. Mark Lanegan y pose une voix de gravier trempé dans le whisky, grave, fracturée, habitée par un blues que le grunge officiel avait oublié en chemin. Le groupe vient de l'est aride de l'État de Washington, loin des clubs branchés du centre-ville, un ancrage rural qui infuse chaque riff d'une texture poussiéreuse, presque psychédélique, héritée du rock des sixties autant que du hard-rock.
Van Conner et Gary Lee Conner tissent des guitares lourdes, tourbillonnantes, qui vrillent sans jamais céder à la brutalité pure. C’est un disque qui avance à contre-courant de son époque : mélancolique là où les autres hurlaient, habité là où les autres explosaient. Les gens qui l’ont découvert tard ne s’en remettent pas, ils cherchent encore pourquoi personne ne leur en avait parlé avant.
Certains disques arrivent trop tôt. Celui-ci est arrivé trop discret.

