Sonic Youth : Sister (1987)
New York respire différemment depuis cet album.
En 1987, Sonic Youth sort Sister et referme la parenthèse noise pure pour ouvrir quelque chose de plus habité, de plus fissuré. Le groupe vient de digérer Philip K. Dick et la Sonic Youth de ses débuts, plus brute, plus expérimentale, ici la dissonance se love dans des structures presque pop, des mélodies qui affleurent sous des accordages tordus, des guitares préparées qui grincent comme du métal fatigué.
Kim Gordon murmure ou hurle, jamais entre les deux. Thurston Moore et Lee Ranaldo tissent des textures poisseuses, urbaines, où chaque riff semble taillé dans le bitume d’un Manhattan encore sale, encore dangereux. L’album capture une ville avant sa gentrification, un rock qui refuse le confort. Il a ouvert la voie à toute une génération, Pavement, Nirvana, Dinosaur Jr., sans jamais renoncer à sa propre étrangeté. C’est un disque de transition qui ne transige sur rien.
Sister ne se joue pas. Elle se traverse, comme une ville qu’on ne reconnaît plus au petit matin.

