Seattle, 1991. Badmotorfinger sort le même automne que "Nevermind" et "Ten", et se fait avaler par leur ombre. Erreur d'aiguillage. Soundgarden n'est pas le cousin du grunge, c'est son versant métal, celui qui garde Black Sabbath dans le sang. Ici, les accordages bancals et les signatures rythmiques en 7/4 ou en 5/4 font boiter chaque morceau. Le riff avance, trébuche, se redresse.
Kim Thayil sculpte des murs de fuzz poisseux, Matt Cameron frappe comme on enfonce une porte. Chris Cornell, lui, hurle depuis le fond d’un puits, puis grimpe jusqu’au ciel en trois octaves.
Le disque sonne lourd, sombre, tranchant. Il ne cherche pas à plaire. Il plante ses crocs et refuse de lâcher.
Dans les voitures de 1991, il faisait vibrer les portières. Il rendait la colère lisible à ceux qui ne savaient pas la nommer.
Un moteur grippé qui tourne encore, et personne n’a jamais su le réparer.

