Stan Ridgway quitte Wall of Voodoo en 1986 et filme sans caméra. The Big Heat emprunte son titre au polar de Fritz Lang, son âme aux séries B. Rien d’autre ne sonne ainsi : le western urbain passé à la moulinette new wave, un genre minuscule resté sans héritier.
Boîtes à rythmes glacées. Harmonica poussiéreux. Synthés qui rampent comme une fumée de cigarette.
Là-dessus, une voix nasillarde, mi-parlée, mi-ricanée, celle d’un narrateur qui en sait trop. Braqueurs, vendeurs, losers qui rêvent grand : il les encercle sans jamais les juger.
Les radios de 1986 ruisselaient de gloss et de reverb. Lui sert une Los Angeles poisseuse, où chaque refrain tient du faux alibi. À deux heures du matin, en voiture, ces chansons deviennent des films dont vous êtes le complice.
Le néon grésille. Le café a refroidi. Quelqu’un a déjà parlé.

