Steely Dan : Countdown to Ecstasy (1973)
Steely Dan a sorti le disque parfait, et le public n'en a pas voulu.
En 1973, Steely Dan sort son deuxième album en misant sur la scène, un pari perdu. Countdown to Ecstasy vend moins que le premier, dérange les radios, et personne ne sait vraiment quoi en faire. Trop jazz pour le rock, trop rock pour le jazz. Les accords glissent, se contredisent, refusent la résolution facile, chaque morceau semble ouvrir une porte sur une pièce inattendue. Walter Becker et Donald Fagen y dessinent des personnages ratés, cyniques, tragiquement pathétiques, portés par une voix nasale et indifférente qui refuse le pathos.
C’est là que le groupe invente son langage : soul cérébrale, groove ciselé, ironie noire. L’échec commercial devient légende un peu plus tard, quand les musiciens comprennent ce que le grand public avait raté. Aujourd’hui encore, c’est le disque que les initiés glissent discrètement à ceux qui croient tout savoir sur le groupe.
Le meilleur album de Steely Dan est celui que personne n’a acheté.

