Sufjan Stevens : The Age of Adz (2010)
Il y a des albums qui parlent de douleur. Celui-là est la douleur.
En 2010, Sufjan Stevens revient après cinq ans de silence avec quelque chose que personne n'attendait : non pas le folk délicat des albums précédents, mais une masse électronique de vingt-cinq pistes, saturée d'Auto-Tune, de cuivres synthétiques et de glitchs.
Il vient de traverser une dépression sévère, une rupture, une confrontation brutale avec sa propre mortalité. The Age of Adz ne dissimule rien de tout ça.
Ce qui rend ce disque irremplaçable, c’est son refus du contrôle. Les arrangements explosent, se déchirent, se superposent jusqu’à l’absurde. La voix est à nu, puis déformée, multipliée, noyée dans le bruit. L’album s’achève sur vingt-cinq minutes d’une seule pièce monumentale qui progresse comme un deuil : chaos, résistance, épuisement, et quelque chose qui ressemble, à peine, à une sortie.
Stevens ne produit pas un disque sur la souffrance. Il fabrique un objet qui reproduit l’état d’être submergé.
En 2010, certains fans ont été perdus. Vingt ans plus tard, on comprend qu’il était en avance, pas sur la mode, sur l’honnêteté.

